Intelligence Artificielle, une histoire compliquée entre l’esprit et le corps (1/2)

Intelligence Artificielle, une histoire compliquée entre l’esprit et le corps (1/2)

PREMIÈRE PARTIE

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE : UNE VISION DE L’INTELLIGENCE

En 1956, John McCarthy invita de nombreux chercheurs à un atelier où le terme d’« intelligence artificielle » fut employé pour la première fois. A cette époque, ils étaient convaincus qu’ils seraient bientôt capables de reproduire les capacités humaines jugées les plus intéressantes, à savoir jouer aux échecs, résoudre des problèmes de logique ou démontrer des théorèmes mathématiques.

Ce qui était en jeu n’était pas moins que la définition de l’intelligence humaine sur laquelle allaient reposer toutes les recherches futures en Intelligence Artificielle (IA). Ils en donnèrent la définition suivante : l’intelligence humaine est le fruit d’une manipulation de symboles. C’est de cette idée que provient la fameuse formule « Penser, c’est calculer », qui stipule que tous nos raisonnements, qui constituent notre intelligence, consisteraient pour la plupart à des manipulations logiques.

En gros, et on peut dire que ça tombe plutôt bien, notre cerveau fonctionnerait comme une machine symbolique. Dès lors, notre manière de raisonner est parfaitement transposable dans un système artificiel (que l’on peut donc qualifier d’intelligent), parce que ce dernier fonctionne de façon symbolique.

Voici une explication de cette manière de raisonner :

Prenons pour exemple le célèbre syllogisme « Socrate est mortel ». Nous savons a priori que « tous les hommes sont mortels », et également que « Socrate est un homme ». A partir de ces deux propositions, nous pouvons déduire que « Socrate est mortel », puisque Socrate est aussi un homme.

– On peut remplacer chaque terme par un symbole qui le représente :

Termes

Symboles

Hommes

A

Mortels

B

Socrate

C

– Si on reprend les propositions et qu’on les remplace par un langage symbolique, ça donne :

Propositions + conclusion

Formules symboliques

Tous les hommes sont mortels

A implique B

Socrate est un homme

C implique A

Donc Socrate est mortel

C implique B

Par ailleurs, nous supposons que la conclusion est vraie (Socrate est mortel), parce que nous supposons que les deux propositions à partir desquelles nous avons tiré notre conclusion (Tous les hommes sont mortels + Socrate est un homme) sont également vraies.
Autrement dit, c’est un raisonnement qui ne laisse que deux possibilités : soit la conclusion est vraie, soit la conclusion est fausse. Or, nous pouvons transposer cette façon de réfléchir sur un système intelligent en utilisant le langage binaire : « vrai » sera symboliquement représenté par 1, et « faux » par 0.

Une machine symbolique utilise pour « raisonner » des symboles et le langage binaire. En traduisant tout simplement nos raisonnements en langage symbolique et binaire, une machine arrive au même résultat que nous.

CONCRÈTEMENT EN IA, ÇA A DONNÉ QUOI ?

Deux conséquences principales :

1 – l’intelligence s’apparente à un simple programme informatique écrit à l’avance et exécuté par la suite. Pour reprendre notre exemple avec le syllogisme, dans le programme informatique il sera écrit en langage informatique que si A implique B et que C implique A,
alors C est égale à B
.
Le programme informatique, le « raisonnement », est fixé, c’est-à-dire est écrit à l’avance et exécuté tel quel quelles que soient les propositions entrées.
En clair, seules les données du raisonnement peuvent changer (A,B et C), le raisonnement demeure le même. Les symboles A, B et C peuvent représenter par exemple « trottinette » pour A, « chien » pour B, et « coq » pour C, plutôt que « homme », « mortel », et « Socrate ».
Avec ces nouvelles données, ça donnerait le raisonnement suivant : si « toutes les trottinettes sont des chiens », et que « le coq est une trottinette », alors « le coq est un chien »…

lapoule127806588327_gros Merci logique informatique !

2 – le matériel qui contient l’algorithme ou le programme (Software) est considéré comme ce qui importe, tandis que le matériel sous-jacent sur lequel il s’exécute (Hardware), est considéré comme non pertinent et ne sera pas pris en compte.
Le cerveau est en fait envisagé comme centre de gestion, gérant de manière autonome et indépendante absolument tout ce que nous faisons et pensons : cela revient à dire qu’il existe une nette séparation entre l’esprit et le corps, et que l’esprit peut très bien fonctionner indépendamment du corps, le corps n’étant qu’une simple enveloppe protectrice.

Cette représentation de l’intelligence a effectivement permis aux experts en IA de concevoir des systèmes artificiels sachant jouer aux échecs, résoudre des problèmes de logique et démontrer des théorèmes mathématiques. Pour autant, pouvons-nous aller jusqu’à dire que nos ordinateurs, capables de telles raisonnements, étaient et sont réellement intelligents ?
Oui, si on considère que l’intelligence est le résultat d’un raisonnement symbolique… Mais tout de même, mettez-vous à côté de votre ordinateur et demandez-vous si vous êtes similaires sur le plan intellectuel. N’y’a-t-il pas quelque chose qui vous chiffonne ? 

MON ORDI EST PLUS BÊTE QUE MOI !

Repensez à toutes ces fois où, pour ceux qui utilisent Windows, vous avez voulu fracasser votre ordinateur parce qu’il avait décrété qu’il était temps de faire des mises à jour alors que c’était pas le bon moment. Vous savez cette action que vous n’avez pas demandée, qu’on ne peut ni empêcher ni annuler et qui monopolise entièrement votre ordinateur pendant quelques temps…
Bref, on a quand même le sentiment que l’ordinateur ne réfléchit pas tout à fait comme nous : il faut parler un certain langage pour qu’il nous comprenne (on ne peut pas tout lui demander), mais surtout il semble qu’il fonctionne indépendamment du monde réel et du contexte (d’où ces mises à jour intempestives).

Faute d’être capable de dire avec certitude si les machines sont intelligentes ou non, nous pouvons tout de même dégager les conditions qui favorisent le développement d’une l’intelligence. Ce qui nous chiffonne et qui nous empêche de dire qu’un ordinateur est aussi intelligent que nous, ou réellement intelligent, c’est qu’il semble fonctionner en autarcie.
Il se suffit à lui-même et est comme coupé du monde. Un cerveau renfermé sur lui-même qui ne voit et ne connaît que lui-même, et ne réagit qu’avec ce qu’on lui a donné : il ne réfléchit qu’avec ce qu’il a et non avec ce qui est, c’est-à-dire qu’il ne peut pas prendre en compte ce qui se passe autour de lui si on ne lui donne pas les moyens de le faire, et ne peut donc rien produire de son propre chef.

L’intelligence dépendrait donc a priori, en plus des raisonnements symboliques, d’une capacité de contextualisation et de créativité. Comment concevoir un système artificiel capable de prendre en compte le monde extérieur ?

Suite de l’article.

Flore Ville-Gilon

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *