Coin Lecture – Philosopher en tongs

Est-il possible de lire de la philosophie sur la plage ? Assurément ! Cela dépend sans doute des ouvrages. Dans ce qui va suivre, le coin « lectures » de La Pause Philo sera éclectique, polysémique, enjoué et romanesque.

Quoi de mieux que le choix pour pimenter un été qui risque bien fort d’être chaud et caniculaire. Choisir est-ce renoncer ? Il est possible de dire ici que choisir c’est au contraire tout prendre ! Prendre le temps de la réflexion sur les mots du monde. Prendre la possibilité de philosopher avec les yeux grands ouverts. Prendre le risque d’être à la plage avec Spinoza, les stoïciens et bien d’autres sans être menacer par un coup de chaleur intellectuel. C’est enfin prendre la direction d’un roman incisif entre dystopie et réalité du monde moderne. Vous l’aurez compris, l’été est bien parti pour être rafraichissant de lectures… et en cette période, ça fait un bien fou !

 

Avez-vous déjà pensé que les mots, au-delà de traduire des idées, pouvaient également traduire le monde international dans lequel nous évoluons chaque jour. C’est ce que propose Les mots du nouveau monde de Delphine Allès, Bertrand Badie et Stéphane Paquin (CNRS Editions). Cet ouvrage d’une rigueur sans fin dessine peu à peu une carte des termes utilisés partout de par le monde pour traduire les relations internationales qui façonnent le champ lexical que nous apprenons à comprendre au fur et à venir que des néologismes se font jour. Depuis 1945, les échanges, les conflits, les coopérations, les alliances changent et le « mouvant » s’impose. Redonner du sens aux mots est peut-être une possibilité de décryptage pour ne pas être, dans le futur, complètement « lost in translation ».

On n’apprend pas la philosophie, on apprend à philosopher. Nuance. Il est toutefois possible d’avoir une connaissance de l’histoire de la philosophie, mais à quoi servirait cette connaissance si elle n’était pas mise en pratique et comprise dans un mouvement progressif de compréhension du monde ? Deux ouvrages permettent d’engager ce « mouvement » dont je parle dans une complémentarité bien fortuite. Dans Retour sur Kant, aux origines de la modernité intellectuelle, Lahouari Addi propose une relecture de la pensée kantienne à l’aune des défis éthiques qui jalonnent notre monde contemporain. En associant la philosophie à son regard de sociologue, l’auteur nous mène vers une analyse des conflits actuels et en tire une conclusion : la paix perpétuelle pourrait être, si et seulement si, la relecture de Kant pouvait avoir lieu.

Face à cette analyse, l’ouvrage de Guillaume Pigeard de Gurbert, Philosopher mode d’emploi, les 5 structures élémentaires de la philosophie, peut être un prolongement à l’ouvrage susmentionné. Dans une table des matières riches et thématiques, vous aurez la possibilité de naviguer dans l’histoire et les concepts comme on choisirait une destination avant accostage. Au travers d’exemples et du réel qui nous percute sans cesse, l’auteur donne ici une philosophie pratique qui n’est pas synonyme de « commode » ou d’« aisée » mais bien plutôt « d’adaptée » à notre environnement, notre quotidien. Ces deux ouvrages publiés aux Editions Armand Colin prouvent qu’il est possible de « s’orienter dans la pensée » sans pour autant être perdue dans un dédale incompréhensible.

Si vous êtes en vacances, il est possible que vous vouliez vous détacher de votre travail, ne plus penser à des difficultés relationnelles, à « oublier » le stress de l’année. Dans Bioutifoul Kompany (La Route de La Soie Editions), vous serez : soit rassuré-e, soit inquiet-e, soit amusé-e, ou les trois en même temps ! Frédéric Vissence nous emmène dans une dystopie entrepreneuriale qui veut améliorer le fonctionnement des services, la santé financière d’une entreprise et surtout mettre en avant une nouvelle technologie permettant « un nouveau management auprès duquel l’ancien paraitra bientôt d’un archaïsme insupportable » ! C’est beau non ? On en rêve ! En fait un cauchemar absurde, drôle, contradictoire voit le jour. Dystopie ? Pas certaine que ce soit totalement le cas. Des entreprises américaines connues sur la place publique réfléchissent à la possibilité d’un processus de « lecture de pensées » – tel que décrit dans le roman – aux fins d’amélioration des relations interpersonnelles. Mais l’humain peut être récalcitrant, paradoxal. Une seule prise de recul et la technologie s’emballe. Rien ne vaut une carte routière quand on veut découvrir le monde car la technologie, même si elle peut être utile, peut nous amener rapidement en absurdie, pays entièrement dédié aux muets qui disent à des sourds que des aveugles les espionnent.

Enfin, la plage est sans doute l’endroit idéal pour lire dans un transat. Dans une collection intitulée A la Plage, haute en couleurs, les Editions Dunod permettent aux lecteurs de découvrir Lacan et le désir, Les stoïciens et la sérénité, la persévérance de Spinoza et bien d’autres penseurs, scientifiques et philosophes.

Une collection que se veut pédagogue, claire et construite comme un parcours de compréhension « pas à pas ». Les couvertures de chaque numéro sont créées par les Ateliers AAAAA. Elles sont comme autant d’invitations paisibles à débuter chaque ouvrage avec délices. Une belle réussite.

Certaine que toutes ces lectures vous combleront. Bel été à toutes et à tous !

 

Une chronique par Sophie Sendra Toutes ses publications

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut