« Le monde est ma représentation. » – Schopenhauer  

Quoi ?

C’est par ces mots que Schopenhauer ouvre le premier des quatre livres de son grand-œuvre – Le monde comme volonté et représentation.

Ils entendent dire quelque chose du rapport que nous entretenons, en tant que sujets, au monde : sous notre regard, le monde est un monde vécu en première personne. Le monde tel que je le vois est le monde tel que je le vis.

 Pour Schopenhauer, le monde est une réalité biface : volonté (Wille) sous un certain angle et représentation (Vorstellung) sous l’autre. Le monde comme représentation, c’est l’ensemble des phénomènes, aussi bien matériels (comme les paysages naturels ou les agissements humains) qu’immatériels (les pensées ou les sentiments, par exemple). En d’autres termes : la représentation renvoie à cela-même qui se manifeste – phénomène vient du grec phainomenon, qui dérive du verbe phaino, signifiant « apparaître ».

Pourquoi ?

Toute manifestation est manifestation de quelque chose ; et ce quelque chose dont la représentation est la manifestation (ou l’apparition), c’est la volonté. La volonté est la force (aveugle) à l’œuvre derrière les phénomènes du monde comme représentation.

Aussi, « le monde est ma représentation » signifierait que la (re)configuration des événements du monde tient au moi que je suis en propre : un matériau (la volonté) se manifeste sous une certaine forme (la représentation) que je reconfigure alors selon mon vécu (ma représentation). S’il y a bien une manifestation objective, il n’y a cependant de saisie de celle-ci que subjective : l’apparition ne se saisit qu’au travers du voile de l’apparence.

 Quoique limitée, l’analogie suivante permet de se figurer l’affaire. Au cinéma, des phénomènes apparaissent sur l’écran : c’est la représentation. Mais, ce qui apparaît sur l’écran suggère l’existence d’une source de projection (le vidéoprojecteur) : c’est la volonté. 

Qui ?

Objectivement, cet arbre au pied duquel le couple amoureux s’est échangé son premier baiser, par une nuit estivale, est un arbre parmi d’autres. En cela, il est représentation ; il participe de cet effort vers la vie qu’est la volonté, entendue comme vouloir-vivre. Toutefois, pour ce couple amoureux, cet arbre n’est pas n’importe quel arbre, précisément pour ce qu’il le renvoie à un événement marquant de son existence, vécu en première personne. La manifestation d’un même objet, dans le monde, revêt plusieurs apparences d’un sujet à l’autre.

Comment ?

Les apparats que nous attribuons aux choses du monde viennent de notre rapport à celles-ci. En tant que sujet, j’in-forme la représentation, c’est-à-dire remodèle celle-ci à partir de sa forme initiale et selon mon vécu en première personne, de telle sorte que j’en fais ma représentation. Sur un même événement, nous ne porterons pas le même regard, précisément pour ce que nous n’avons pas le même vécu. Le monde du pessimiste n’est tel que parce qu’il le vit comme tel en raison de son trait de caractère ; mais il faut aussitôt noter qu’il en va de même pour celui qui est décrit par l’optimiste !

Comme sujet, je me vis et vis ce qui m’entoure en première personne. De là, je ne peux me rapporter aux objets qui apparaissent (la représentation) autrement que subjectivement : il y a une once irréductible de subjectivité, dont Nietzsche, un temps disciple de Schopenhauer, s’est souvenu. C’est pourquoi le monde comme représentation est toujours déjà ma représentation.

Ce qui donne…

Le monde n’est pas à subir mais à vivre !

 

Une citation décryptée par Antonin Curioni Toutes ses publications

3 commentaires pour “« Le monde est ma représentation. » – Schopenhauer  

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