Notes de lecture – Edwige Chirouter, Ateliers de philosophie à partir d’albums de jeunesse

Edwige Chirouter est maître de conférences à l’Université de Nantes et experte auprès de l’UNESCO pour le développement de la philosophie avec les enfants.

Dans l’ouvrage Ateliers de philosophie à partir d’albums de jeunesse, paru en 2007 aux Editions Hachette, l’auteure met en perspective les nombreux liens qui existent entre la littérature de jeunesse et la pratique d’ateliers philosophiques avec les enfants. L’objectif est d’aider et de guider les enseignants et les animateurs à s’appuyer sur des supports de qualité, pour déclencher le débat à visée philosophique au sein des classes de primaire.

Dès la préface du livre, Michel Tozzi écrit : « On constate que depuis quelques années, la production de littérature de jeunesse s’oriente vers des livres à forte consistance anthropologique et philosophique, en travaillant, par la narrativité, ce qui fait sens et valeur dans notre vie ».

Ce livre se propose de fournir des éléments d’analyse des meilleures œuvres de littérature de jeunesse, d’en montrer la richesse littéraire mais également de mettre en lumière les thèmes abordés comme supports de choix à la discussion à visée philosophique. Pour aborder le thème de la mort, le très bel album de Kitty Crowther Moi et Rien par exemple, ou encore pour traiter de la solidarité, de la fraternité et de la nécessité de s’engager, celui de Didier Jean et Zad, L’agneau qui ne voulait pas vivre comme un mouton.

L’ouvrage se compose de 3 parties :
– Les enjeux théoriques
– Le dispositif pédagogique de mise en place d’une discussion à visée philosophique
– 5 grands thèmes étudiés avec des modèles pratiques de séquences.

A retenir du livre :

Cet ouvrage enrichit considérablement le discours des acteurs du monde éducatif qui se lancent dans l’animation d’ateliers philosophiques avec les enfants.
Sans imposer tel ou tel courant, cet ouvrage donne des clés de compréhension afin de choisir celui qui conviendra le mieux à chacun.
Les nombreux exemples de supports aident l’animateur à démarrer la discussion, à l’étayer judicieusement en conservant une “philosophicité” au débat.
Cet ouvrage s’adresse aux enseignants et animateurs d’ateliers philo, mais a été également dédicacé selon l’auteure « à tous les élèves des différentes classes de primaire et de l’enseignement spécialisé ».

Le livre en 1 question : Comment aborder la philosophie à partir d’albums de littérature de jeunesse ?

Les enjeux théoriques

E. Chirouter reprend dans un premier temps, les différentes étapes de la naissance de la philosophie avec les enfants (notamment avec Matthew Lipman), puis elle établit les liens étroits entre philosophie et littérature, et souligne la portée philosophique des œuvres sélectionnées.

Elle présente d’abord les différents courants de cette pratique philosophique avec les enfants :
– Pour commencer, le courant est né des travaux de Matthew Lipman, à partir de supports de contes qu’il a lui-même écrits.
– Ensuite, le courant psychanalytique (ou psychologique) hérité des travaux de Jacques Lévine, peu utilisé en milieu scolaire mais qui présente néanmoins de très intéressantes pistes de réflexion sur la construction du sujet.
– Le courant « Education à la citoyenneté » inspiré des travaux de Célestin Freinet et de l’Education nouvelle qui met l’accent sur les visées démocratiques et citoyennes.
– Enfin, le courant philosophique et démocratique (DVDP) de Michel Tozzi, qui insiste sur les habiletés de pensées que sont la conceptualisation, la problématisation et l’argumentation.

Selon elle, il n’y a pas de différence fondamentale entre la littérature de jeunesse (la bonne, s’entend !) et la littérature tout court. Expérience de pensée à part entière, les textes de jeunesse portent en eux une véritable portée philosophique et sont d’excellents supports au débat philosophique.

Il existe ainsi, une multitude de textes dits fondateurs, qui ont été adaptés à l’âge des enfants, mais aussi, des albums qui invitent à un véritable travail sur le sens, l’analogie et qui permettent une éducation au discernement, et un vrai travail de la pensée.

Par ailleurs, sur des concepts très abstraits tels que la Liberté, la Justice, la mort ou la souffrance, il peut être judicieux de s’appuyer sur des supports narratifs pour lancer la discussion philosophique.

Le dispositif

Il s’agit de donner aux enseignants et animateurs désireux de se lancer dans l’aventure de l’animation d’ateliers philosophiques le cadre réglementaire, une bibliographie de qualité, des éléments de base pratiques afin de faciliter leurs débuts d’animateurs. Rappelons que c’est une première en France et que les enseignants ne sont pas encore formés.

L’auteure développe les différentes étapes de préparation d’une séquence complète, l’organisation matérielle de l’espace, le rôle du maître, celui des discutants, les consignes à rappeler, les différents outils mis à la disposition des élèves…

Des exemples de séquences à partir de thèmes

Les grands thèmes retenus par E. Chirouter ne sont pas exhaustifs mais constituent une excellente base pour commencer. Pour une personne désirant intervenir en milieu scolaire, il est indispensable de connaître la ligne officielle de l’Education Nationale, afin de ne pas entrer en conflit ou soulever des problèmes soit avec l’institution soit avec les parents d’élèves.

Ici, les œuvres de littérature de jeunesse, choisies pour leur densité anthropologique et leur qualité littéraire servent de tremplin à la réflexion autour de thèmes et de questionnements qui interrogent les enfants tout en leur permettant de « se mettre à bonne distance entre l’affect et le concept abstrait ». Le personnage va ainsi incarner de façon plus facile les concepts qui peuvent paraître trop abstraits ou trop chargés affectivement pour les enfants. Le personnage revêt donc ici la fonction de personnage-paravent et facilite la prise de parole.

Quelques citations-clés

1) “L’enjeu pédagogique et politique de cet enseignement doit être de permettre aux jeunes élèves de développer une pensée critique, de réfléchir sur la complexité des notions du Bien et du Mal”, page 12
2) “L’oeuvre d’art est initiatique, elle est l’alchimie d’une rencontre aléatoire qui me permet de donner sens à mon existence et sens au monde”, page 46
3) “Le saisissement ontologique, c’est le moment de la rencontre entre la pensée du texte et la façon dont le lecteur s’approprie singulièrement cette pensée pour rendre son existence et son monde plus intelligible.”, page 45

 

Pour aller plus loin …

Le livre d’Edwige Chirouter, Ateliers de philosophie à partir d’albums de jeunesse, Editions Hachette “Pédagogie pratique”, 2007, 205 pages.

Une bibliographie indicative :

– Chirouter E. (2008). A quoi pense la littérature de jeunesse ? Portée philosophique de la littérature de jeunesse et pratiques à visée philosophique au cycle 3 de l’école élémentaire, thèse de doctorat en Sciences de l’Éducation, sous la direction de M. Tozzi, Université de Montpellier 3
– Chirouter E. (2015). L’enfant, la littérature et la philosophie, Paris : L’Harmattan
– Galichet F. (2004). Pratiquer la philosophie à l’école, 15 débats pour les enfants du cycle 2 au collège, Paris : Nathan

Quelques ressources supplémentaires en ligne :

– Le site du philosophe Michel Tozzi
– La revue Diotime, dédiée à la didactique de la philosophie

 

Un article par Myriam Mekouar Toutes ses publications

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