« Le rire est une joie pure et simple et, à condition d’être sans excès, il est bon par soi. » – Spinoza

Quoi ?

C’est dans la quatrième partie de l’Ethique, au moment même où Spinoza va donner les différentes caractéristiques de ce qu’est “l’homme sage”, que l’on trouve une distinction entre le rire et la moquerie.

Le rire est défini comme une joie, c’est-à-dire comme un affect qui va augmenter et renforcer notre puissance. La pureté et la simplicité sont des qualités qui rendent le rire clair comme l’eau de roche : il ne cache rien, ne recouvre aucune autre idée ou intention que lui-même. Autrement dit, le rire est surement l’une des expressions les plus parfaites de la joie.

La moquerie, au contraire, est définie par Spinoza comme une forme de haine. Haïr quelqu’un, c’est imaginer que cette personne est la cause de nos tristesses. Donc si je me moque d’une personne, c’est que je cherche à la tourner en dérision, à la blesser et à lui renvoyer la tristesse qu’elle me cause. Pourtant, nous nous trompons fréquemment lorsque nous croyons qu’une chose arrive POUR nous faire du mal.

Pourquoi ?

Il y a deux raisons principales pour comprendre cette distinction : d’une part la très grande force de ces deux affects, mais aussi d’autre part l’importance de critiquer une conception morne et ascétique de la philosophie.

 Qu’est-ce qui distingue le rire que l’on a lorsque, devant nous en sortant du métro, une personne loupe une marche et se casse la figure, et celui qui nous prend lorsqu’on voit quelqu’un pris d’un fou rire à la terrasse d’un café ? C’est que dans le premier cas, le rire-moquerie est tourné contre quelqu’un, et que dans le second, le rire pur n’est pas une réaction, mais un partage, un échange. Le rire et la moquerie semblent assez équivalents par rapport à ce qu’ils font en nous, mais justement, ces affects ne sont pas reliés simplement à quelque chose d’interne : ils n’existent qu’à travers une interaction, qu’avec ce qui est hors de nous : on rit, et se moque, de et/ou avec quelqu’un (ou quelque chose).

 Pour Spinoza, la philosophie doit être tournée vers la vie, et non pas vers la mort. Il s’oppose ainsi à de nombreuses philosophies ascétiques qui reposent sur la privation, comme si penser et réfléchir rendait nécessairement triste. Mais au contraire “il n’y a certainement qu’une torve et triste superstition pour interdire qu’on prenne du plaisir”, nous dit-il dans la suite du passage. Ca n’est que par la joie que nous pouvons nous augmenter, à condition que celle ci soit “sans excès” : rire est bon, avoir un fou-rire à nous en déplacer une côte l’est moins.

Qui ?

Aux personnes trop sérieuses : le rire se transforme en moquerie lorsque vous ne parvenez pas à rire de vous-même. Riez de vous et vous modifierez la haine en joie.

Aux moqueurs : il est facile d’être amer, mais pensez aux conséquences de vos actions, et n’oubliez pas que la haine se communique aussi bien que le rire…

Mais aussi à tous ceux qui pensent que le rire est mauvais, comme par exemple le manager qui passent son temps à saper le moindre esquisse de sourire sur le visage des gens. Le rire est bon et peut vous servir. En cherchant à lutter contre lui, vous le transformez en arme moqueuse à votre égard.

Comment ?

Cultivez votre capacité à rire!

 Rire n’est pas toujours bien accepté et on doit parfois lutter contre les conventions sociales qui valorisent le flegme et la tempérance. Il faut déjà prendre l’habitude de rire, et c’est notamment l’objectif de ces courants qui se développent depuis plusieurs années avec le “Yoga du rire” : amener les gens à se réapproprier le rire et la joie qu’il produit.

Acceptez que ce qui vous fait rire est lié à des objets ou des pensées particulières : analysez les, et cherchez à les comprendre.

 Le rire n’existe que dans et par l’interaction : on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui. Même dans le milieu professionnel, trouvez les personnes avec qui vous pouvez rire, sans pourtant vous moquer de ceux qui ne rient pas avec vous.

Ce qui donne

Le rire, s’il est sans haine, est la meilleure arme du philosophe !

 

Pour aller plus loin :

La citation de Bergson « Il n’y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain. »

Au sujet du Yoga du Rire
Le très beau film Docteur Patch réalisé par Tom Shadyac en 1998
Le passionnant commentaire de Sophie LAVERAN : Le Concours des parties. Critique de l’atomisme et redéfinition du singulier chez Spinoza, p. 393-404 chez Classique Garnier

 

Une citation décryptée par Nicolas Bouteloup Toutes ses publications

Un commentaire pour “« Le rire est une joie pure et simple et, à condition d’être sans excès, il est bon par soi. » – Spinoza

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