« Si tu as un jardin dans ta bibliothèque, rien ne nous manquera. » – Cicéron

Quoi ?

L’homme d’Etat et penseur romain Cicéron projette un voyage à la campagne chez son ami Varron et lui écrit une courte lettre l’informant de sa venue. Il formule le souhait d’échanger sur des sujets philosophiques et espère que son ami possède pour ce faire « un jardin dans sa bibliothèque ».

Métaphoriquement, l’idéal d’un jardin dans une bibliothèque renvoie à un type d’intelligence cherchant à développer un lien entre pensée et action : à partir de la bibliothèque, on plante des idées dans le jardin et, depuis le jardin, on apporte de la matière concrète dans la bibliothèque.

L’intelligence se construit par ce mouvement d’aller-retour entre jardin et bibliothèque, expérience et réflexion, terrain et prise de recul.

Pourquoi ?

Le jardin et la bibliothèque sont deux microcosmes, deux reconstitutions miniatures de l’univers dans lesquelles notre intelligence et notre sensibilité se projettent : le jardin représente la nature habitée par l’humain et la bibliothèque rassemble les constructions de l’esprit.

Avez-vous déjà remarqué que le mot « culture » est commun aux deux univers ? On cultive un jardin dans lequel les forces de la nature déploient des formes de vie, comme on cultive son esprit dans lequel les forces de l’intelligence forgent nos représentations.

Bibliothèques et jardins seraient des espaces complémentaires à mettre en synergie, comme expliqué dans le mémoire de conservateur des bibliothèques de Floriane de Rivaz « Bibliothèques et jardins : quelles alliances possibles ? ».

Qui ?

Beaucoup de métiers impliquent cet aller-retour entre ressources théoriques et vécu de terrain, mais peu de professionnels ont l’opportunité de prendre du recul sur ce mécanisme et d’en tirer tous les bénéfices, précisément parce qu’ils ont « la tête dans le guidon ».

Cicéron, en tant qu’homme politique et penseur, pratiquait cette posture, en étant à la fois dans l’action et dans les idées.

Comment ?

Cultiver nos intelligences comme des jardins-bibliothèques serait « tout ce dont nous avons besoin » pour épanouir les intelligences sur le terrain et apporter une matière concrète aux débats d’idées. Si on ne travaille pas à faire dialoguer pensée et action, la somme des connaissances et des expériences reste sous-optimale, comme une bibliothèque sans jardin pour voir fleurir les idées et comme un jardin sans bibliothèque pour ensemencer les livres.

Quel est votre jardin, qu’y faites vous pousser, comment y cultivez-vous les idées et qu’y voit-on fleurir? Que pourriez-vous apporter à la bibliothèque si vous pouviez y faire entrer la matière que vous travaillez quotidiennement sur le terrain, comment ensemencer les livres pour renouveler la pensée?

Désherbage, labourage, réensemencement… Nombre d’exercices philosophiques  (trier et clarifier les idées, aérer les esprits, enraciner la vision…) peuvent être conduits pour « cultiver » la dynamique pensée-action.

Ce qui donne…

… Et si on faisait, comme Cicéron, des week-end philo pour cultiver nos jardins-bibliothèques ?

 

Une citation décryptée par Aline Espinassouze Toutes ses publications

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