« La tolérance est moins un renoncement à juger qu’à proférer des jugements » – Claude Habib

Quoi ?

Dans son ouvrage Comment peut-on être tolérant ? (2019), Claude Habib promeut une conception active de la tolérance en rappelant qu’elle ne vaut que si elle décrit une victoire sur soi-même, au sens d’une mise à distance, au moins temporaire, de certaines de ses aversions.

Une conception « molle » de la tolérance voudrait en effet que celle-ci soit un préalable (il s’agirait de ne plus ressentir d’aversion) et non un objectif. La tolérance n’interdit pas le jugement mais la retenue dans les comportements qui pourraient être induits pas celui-ci. Par exemple, la tolérance ne nous interdit pas de juger déplorables le fond et la forme de certaines émissions de télévisions promouvant le “buzz” à tout prix sans pour autant suivre une association de téléspectateurs demandant leur interdiction. 

Pourquoi ?

La tolérance ne peut être considérée comme une disposition morale pour s’entendre mais plutôt une disposition qui advient “faute de s’entendre”. C’est évidemment difficile, car il y a une concomitance entre l’aversion et la tolérance, la première étant finalement la condition de la seconde. De là, on peut se risquer à une définition positive de la tolérance qui serait une résistance au rejet d’autrui induit par nos ressentis.

La tolérance est bien plus que l’indulgence, posture qui…

  1. Nierait formellement le statut d’égal à autrui ;
  2. Ne pourrait prétendre contribuer à la prise en compte de visions du monde ou de façons d’être différentes et donc susceptibles d’enrichissement réciproque.

Qui ?

Pour Claude Habib, la tolérance est une vertu à distance : elle regarde des êtres qui ne sont ni des amis, ni des proches. Elle ne s’étend pas non plus aux ennemis. Par ailleurs, la tolérance concerne les personnes qui, ressentant une aversion, parviennent à ne pas la transformer systématiquement en répulsion.

En ce sens nous sommes tous concernés soit comme victimes potentielles de l’intolérance soit comme source de cette dernière !

Comment ?

Les personnes qui considèrent la tolérance comme une importante condition de la vie en société se trouvent contraintes à une forme de courage plutôt délicate, puisque nécessitant souvent de s’opposer à la pensée commune. Le conseil que l’on pourrait donner à l’apprenti tolérant est d’être convaincu que les gratifications possibles de ce positionnement seront liées à la préservation de l’image de soi : il y a en effet peu de chance que le défenseur de la tolérance soit porté en triomphe par ses contemporains.

Une vision sentimentaliste de la tolérance (comme « ouverture d’esprit » fondée sur une euphémisation du jugement) est rendue plus facile pour les personnes bénéficiant d’un haut niveau social et économique, permettant d’éviter la rencontre trop fréquente avec les sources d’aversion.

Il est parfois difficile de distinguer la tolérance de la lâcheté : tout comme le lâche, le tolérant « avale des couleuvres ». La différence est qu’il s’y contraint lui-même, mais c’est une différence qui ne se voit pas.

Ce qui donne…

Tolérer, c’est d’abord accepter de ressentir un sentiment de rejet et envisager la nécessité de le dépasser.

Une citation commentée par Vincent Lorius Toutes ses publications

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