« En tout lieu de cette terre on est chez soi lorsqu’on porte tout en soi. » – Etty Hillesum

Quoi ?

Au-delà de toute évidence, on est pas forcément “chez soi” lorsqu’on y est : il est possible d’être chez soi partout ailleurs. Au premier degré illogique, le fait de se sentir chez soi sans y être, ou bien, justement, dès qu’on n’y est pas, découle de notre rapport au monde. Ce dernier, et avec lui notre rapport à l’histoire, relève de l’éthique : une conduite accordant la vie intérieure avec les actes publics.

L’intelligibilité de ce propos éthique, issu du journal intime d’Etty Hillesum (1914-1943), s’appuie sur une idée de « monde » autour de laquelle se structurent à la fois la pensée et les gestes.

Face aux événements historiques, il nous arrive de nous sentir dépassés. Menacés doublement par la qualité dramatique de l’histoire, mais aussi par les moindres conséquences  de nos actions. Nous sommes pris par un sentiment d’impuissance, et par une pléthore de questions : faut-il participer à l’Histoire, ou la subir ? Et dans les deux cas, qu’est-ce qui justifie notre choix ?

Pourquoi ?

C’est une expérience concrète, issue d’un double phénomène. La pensée arrive à se dépasser pour se “syntoniser” aux autres, qui traversent, comme nous, les difficultés et les aléas de l’histoire. En vertu de son aspect cauchemardesque, la manifestation de l’histoire ne fait qu’accentuer la donnée primordiale, celle de l’existence d’une humanité fragile. Notre action nous met, quant à elle, en position de  « coeur pensant » – dirait Etty Hillesum : nous participons aux évènements pour en porter poids émotionnel et la trace histoire. Nous sommes là en pleine présence, car nous y sommes “pour” les autres.

D’habitude, nous ne mêlons pas des affaires “des autres” selon le principe que chacun est responsable de sa vie. Or, lors d’un événement historique majeur, nous pouvons saisir le fait que nos destins sont liés. Lors de durs moments historiques, la question de la responsabilité de l’agir se manifeste comme une expérience éthique.

D’habitude, lorsqu’on est en danger, nos actes dépendent pour une large part de notre instinct de survie et d’intérêts personnels. Lors d’un événement historique, et donc collectif, nous choisissons de le vivre “pleinement” lorsque nous acceptons de le vivre avec les autres, à leurs côtés, sans attentes personnelles.

Qui ?

Chacun de nous face à l’histoire. Les évènements historiques à fort impact, véritables chocs collectifs, appellent à repenser notre rapport au monde en tant que relation de présence aux autres et à l’histoire.

Face à une épidémie, entrer en relation avec le monde consiste à respecter l’interdit de sortir de chez soi, à supporter d’interrompre ses habitudes de vie sociale pour contribuer à freiner la contamination…

Au regard des signaux d’érosion de la biodiversité, mesurer l’impact de ses propres choix en terme de consommation et gestion des déchets, tout en étant capable d’en faire une conduite assumée et visible, place l’individu pleinement au monde.

Cette entrée au monde déclenche un sentiment de familiarité, voir d’intimité, comme si l’on était chez soi.

Comment ?

Face aux difficultés qui ne dépendent pas directement de nous mêmes, comment nous nous devons d’agir ? L’éthique est une vision de l’agir qui tient compte de notre sensibilité : son fondement étant notre affection même. Nous agissons avec courage car nous savons que nous participons du présent au même degré que les autres membres de la société humaine et par amour de la vie que nous apprécions par le bonheur qu’elle nous fait vivre singulièrement.

Ce qui donne…

Le sentiment de « plénitude » que la vie infuse est relevé par l’arrivée d’évènements néfastes car ils réveillent le courage d’agir au nom du collectif.

 

Pour aller plus loin :

  •  Avant d’être envoyée au camp de travail de Westerbok, Etty Hillesum, fut une attentive observatrice des évènements historiques en Europe et connut le destin du peuple juif en redoutant les actes criminels commis à leur encontre par les forces du Nazisme. Plutôt que de chercher à s’enfuir, elle commence, d’abord en écrivant, et ensuite en agissant à côté des autres prisonniers qu’elle rencontrera, à imaginer, dialoguer et interpréter le fardeau qui est imposé à son peuple, celui de l’exécution massive.
  • Etty Hillesum, Une vie bouleversée, Editions du Seuil.
  • Documentaire ARTE « Etty Hillesum – Dans la peau d’une déportée ».

Une citation décryptée par Costanza Tabacco Toutes ses publications

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