Qu’est-ce que la « Pop Philosophie  » ? Entretien avec Jacques Serrano

Qu’est-ce que la « Pop Philosophie  » ? Entretien avec Jacques Serrano

La 9e Semaine de la Pop Philosophie aura lieu à Marseille du lundi 23 au samedi 28 octobre 2017 et nous avons interrogé son organisateur Jacques Serrano, afin d’en apprendre plus sur cette démarche ! Ce fut l’occasion de présenter un peu plus en détail cet événement iconoclaste, mettant en lien philosophie et culture populaire, et désormais devenu incontournable pour les amateurs de philosophie. Cette nouvelle édition aura pour thème la croyance, autour de 3 axes : « Croyance et philosophie », « Croyance et politique » et « Croyance et neuroscience ».

Pouvez-vous nous expliquer l’origine de la « pop philosophie » et en quoi consiste cette démarche ?

Jacques Serrano : La Pop Philosophie est un concept proposé par Gilles Deleuze à la fin des années 70. Deleuze, dans sa façon d’enseigner, était un philosophe qui pensait à voix haute. Il parlait de ses préoccupations quotidiennes et s’interrogeait sur des choses comme « pouvons-nous extraire un concept d’un concert de Jimi Hendrix ou d’un film de série B ? ». Il y avait une notion de plaisir de la pensée que j’ai souhaité reproduire dans nos rencontres pop philosophiques.

A partir des années 2007/2008, des amis philosophes avaient aussi envie de penser la philosophie à partir de séries télé, de jeux vidéo, du rock, etc. Si les sociologues le faisaient déjà, peu de philosophes prenaient le sujet en main. A partir du moment où je les ai invités à la Semaine de la Pop Philosophie, ils ont pu parler de ces objets qui n’étaient pas du tout reconnus par le monde culturel et intellectuel. Pourtant, produire un concept à partir d’une série télé n’est pas à la portée de tout le monde.

Vous avez créé en 1994 l’association Rencontres Place Publique, au sein de laquelle vous organisez depuis 2009 la Semaine de la pop philosophie. Comment cet événement atypique est-il accueilli par le public ?

Les Rencontres Place Publique ont initialement convoqué des intellectuels français et étrangers afin de leur proposer d’activer dans le champ de l’art les systèmes de pensée propres à leur discipline – sociologie, philosophie – et sont considérées par un grand nombre d’intellectuels et de professionnels du monde de l’art comme les moments de réflexion sur l’art les plus pertinents en France aujourd’hui.

Ces rencontres ont été suivies par la création de la semaine de la pop philosophie qui a rencontré un autre public. En effet, la spécificité des ces rencontres réside aussi dans le fait que c’est une philosophie difficile, mais qui ne demande pas un savoir universitaire.

Créée en 2009, la Semaine de la Pop Philosophie avait pour objectif de permettre ce type d’opérations philosophiques à partir d’objets iconoclastes issus de la pop culture et de la culture médiatique, mais aussi de soutenir et promouvoir ce nouveau moment de la philosophie. De plus, pour la première fois dans l’histoire des idées en France, un mouvement intellectuel, non régionaliste, a rencontré depuis une ville en région un large écho en Europe et au-delà. Elle a joué un rôle de tremplin pour ce mouvement et depuis, de nombreux auteurs ont écrit des ouvrages pop philosophiques et de nombreuses maisons d’édition ont créé des collections dans cet esprit.

La prochaine Semaine de la pop philosophie aura lieu à Marseille les 23-28 octobre 2017 : à quelle thématique sera consacrée cette nouvelle édition ?

Pour sa neuvième saison, la Semaine de la Pop Philosophie présente « Croyances » autour de trois axes « Croyances et philosophie », « Croyance et politique » et « Croyance et neurosciences », sans oublier un des moments forts de cette semaine consacré aux « Miracles ».

Face aux « kalachnikovs des âmes tourmentées » (Philippe Corcuff) le problème de la croyance requiert plus que jamais le regard du philosophe et le secours du concept pour tenter de saisir, dans la pluralité de ses expressions, un phénomène qui par nature excède la rationalité. Apanage traditionnel du domaine religieux, la croyance produit des effets qui débordent de plus en plus sur l’ensemble du corps social, jusqu’au politique qui fait lui-même objet de croyances. L’espace théologico-politique dans lequel nous vivons, pour reprendre l’expression de Spinoza, n’a d’autre but que le salut par l’obéissance et la soumission au détriment de la liberté. Il est donc plus que jamais nécessaire de déconstruire ce qui au sein de la croyance favorise la superstition et l’ignorance, au moyen par exemple de l’approche zététique qui fait de l’ « art du doute » un outil au service de l’intelligence collective.

Cependant, par-delà les dangers que porte en elle la part irrationnelle de toute pensée, il importe aussi de reconsidérer ce que nous nommons « croyance » en proposant par exemple un « régime irréligieux du divin » comme l’écrit le philosophe Quentin Meillassoux. En initiant cette semaine pop philosophique, je vise à faire découvrir au public des approches plus sophistiquées de la croyance. « L’irrationnel est une composante de l’esprit, nous devons œuvrer à sa sophistication tout en essayant de comprendre les résistances inhérentes à son processus » : créer de nouveaux possibles voilà peut-être l’un des premiers enjeux de ce festival consacré à la croyance !

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de la Semaine de la Pop Philosophie et téléchargez le programme en cliquant sur ce lien !

Marianne Mercier

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