Le lion Cecil : une émotion collective pour la cause animale ?

Le lion Cecil : une émotion collective pour la cause animale ?

QUOI ?

Cecil, le magnifique lion à crinière noire, choyé au sein de la plus grande réserve naturelle du Zimbabwe, est mort en juillet dernier. Membre éminent d’une espèce de plus en plus rare dans la nature, sa chasse dans des conditions illégales ne pouvait certainement pas passer inaperçue… Deux mois plus tard, il est temps de faire un bilan et de voir si on peut en tirer quelque chose pour la cause animale.

QUI ?

D’un côté, Walter Palmer, un dentiste américain, qui a acheté le droit d’abattre un lion en l’échange de 50 000 euros. De l’autre, le roi de la savane, abattu sans sommation suite à une longue agonie.
Face à eux, les spectateurs du monde entier, qui ont depuis l’avènement d’internet entièrement cessé d’être passifs et ont décidé de rendre justice à leur manière.

POURQUOI UN TEL DÉFERLEMENT DE HAINE ?

Une convergence de plusieurs facteurs a participé à un véritable lynchage en ligne de Walter Palmer. Les réseaux sociaux ont joué un grand rôle dans ce processus, entrainant en quelques heures une rapide montée de la colère des individus, relayant tour à tour leur indignation et leur haine envers le coupable désigné.
Les propos ont largement dépassé son acte envers Cecil en attaquant également sa famille, et toutes les pages référant au commerce du dentiste ont été investies par les internautes, allant jusqu’à attaquer la façon dont il pratique son métier. Une e-réputation désormais indélébile…

Les motivations peuvent néanmoins être très diverses :
– Une sensibilité provoquée par le lion Cecil, possédant un nom et une image singulière, le personnifiant ainsi aux yeux du monde (Simba n’est pas loin…) ;
– Une haine provoquée par la personne même de Walter Palmer, qui n’en est pas à sa première victime protégée (ours noir, léopard, ou même rhinocéros blanc) ;
– Une révolte plus globale concernant l’exploitation des animaux par l’homme à des fins récréatives, au même titre que la corrida ;
– Un souci écologique et environnemental quant à l’avenir du lion et aux difficultés rencontrées pour le protéger, y compris dans des réserves naturelles…

Autrement dit, il y a autant de raisons d’être en colère qu’il y a de personnes indignées.

QUE PEUT EN DIRE LA PHILOSOPHIE ?

Le cas des espèces en voie de disparition amène une réflexion sur deux fronts : à la fois du point de vue de l’éthique environnementale, qui s’applique surtout à l’échelle des espèces et à leur protection, et du point de vue de l’éthique animale, s’attachant plutôt aux individus.
Si l’on se réfère à un point de vue utilitariste, où le principe d’utilité repose sur le plus grand bonheur pour le plus grand nombre, des clefs d’analyse apparaissent afin de décrypter la situation apparaissant au premier abord confuse.

L’éthique environnementale amène tout d’abord à questionner cette mise à mort à l’échelle de la population de lions dans la réserve naturelle où vivait Cecil. A court terme, Cecil étant le mâle dominant, sa disparition provoquera inévitablement un déséquilibre, puisque les mâles restants se chargeront de prendre sa place en détruisant toute trace de lui, ce qui implique la mise à mort de ses lionceaux.
Aussi, sur le long terme, de telles pratiques de chasse entrainent une dégénérescence de l’espèce puisque les braconniers s’en prennent aux individus les plus forts et imposants, ne laissant ainsi que les plus faibles se reproduire. Car Cecil n’est que la face immergée de l’iceberg et il est estimé que 600 lions sont ainsi tués chaque année « pour le sport ». De telles chasses apparaissent alors comme une véritable menace pour l’espèce et pour le système dans lequel elle évolue, la population de lions impactant à son tour celle de leurs proies, qui impactent les végétaux, etc.

Concernant l’éthique animale, dont le philosophe Peter Singer est l’un des théoriciens les plus célèbres, le principe utilitariste veut que l’on accorde dans nos réflexions morales un poids égal à tous ceux qui sont affectés par nos actions. L’égalité de tous les êtres vivants est ainsi au cœur de sa doctrine, l’amenant à définir le concept de spécisme contre lequel il appelle à lutter : le terme de spécisme fait référence à une discrimination fondée sur le critère de l’espèce, où les intérêts des animaux sont moindres par rapport à ceux des humains et où certaines espèces bénéficient d’une meilleure considération que d’autres sur des critères subjectifs.
Aussi, dans cette perspective, la mort de Cecil est soudainement relativisée et perçue à une échelle bien plus large, rappelant les souffrances que subissent des milliards d’individus appartenant à d’autres espèces bien moins aimées du public et que ne bénéficient pas d’une telle préoccupation médiatique.

Si les médias n’ont eu de cesse de rappeler que ce n’était pas la première fois que les internautes se mobilisaient pour un animal en danger (quand les hackers au grand cœur sauvent des chatons…), l’exceptionnelle ampleur de cette mobilisation peut permettre de soulever d’épineuses questions concernant l’éthique environnementale et la survie des espèces.
Si l’on regarde l’éthique animale, le débat pourrait cependant mériter d’être étendu et l’émotion élargie : si le lion revêt une image symbolique en tant que « roi des animaux », il n’est pourtant pas la seule espèce victime de mises à mort violentes, aussi bien au sein des corridas que dans les abattoirs.

CE QUI DONNE…

Deux mois après les évènements (autrement dit une éternité dans la temporalité d’internet), l’émotion ne semble pour autant pas tout à fait retombée.
Il est intéressant de noter que le sujet – qui a pourtant fait la une des plus grands journaux en cette période de vacuité estivale – n’a pas été particulièrement investi par les médias de la protection animale en France…

Et vous, que pensez-vous de cette affaire ? Quel enseignement faut-il en tirer ?

Marianne Mercier

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Un commentaire sur “Le lion Cecil : une émotion collective pour la cause animale ?

  1. Restons pragmatiques: un tres recent article (dans le NY Times je crois) soulignait que pour survivre, la faune africaine doit etre vue comme utile par les populations locales sinon ils s’en debarassent comme nuisibles, juste comme les bergers pyreneens avec les ours. D’ou le role utile de chasseurs qui paient une fortune pour un trophee. Autant je meprise sur le plan individuel, autant cet argent dont ine partie est – normalement – versee aux villageois sert au. Communautes locales et les incite a proteger la vie sauvage bien mieux que des lois et regulations. Le dentiste joue ici le role d’idiot utile, ne l’agressons pas pour cela, il est en plus dans son droit, il n’a enfreint aucune reglementation.

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