« Par réalité et perfection, j’entends la même chose. » – Spinoza

Quoi ?

La formule a de quoi étonner : n’est-ce pas une autre façon de dire, à la manière du Candide de Voltaire, que « tout est au mieux dans le meilleur des mondes » ? Comment peut-on raisonnablement réduire la perfection à la réalité ? Cette dernière n’est-elle pas toujours décevante ?

La perfection est souvent considérée comme un idéal, une visée inatteignable que la réalité rate sans arrêt. La réalité n’aurait jamais la même saveur que nos attentes, et c’est ce qui rendrait à la fois tragique et comique notre condition dans le monde.

C’est le cas dans la très belle scène du film 500 Days of Summer avec Joseph Gordon Levitt et Zooey Deschanel qui confronte les attentes (expectations) du personnage avec la réalité (reality) des évènements.

Rien ni personne n’est parfait, diraient certains : mais ça n’est pas de l’avis de Spinoza.

Pourquoi ?

Pour Spinoza, est « réel » et fait partie de la réalité tout ce qui existe et produit des effets. Une idée a d’ailleurs une réalité au même titre que n’importe quel objet matériel.

Le philosophe néerlandais distingue deux manières de penser la perfection, à savoir quand on considère la chose « en elle-même », ou quand on la considère « en comparaison à d’autres choses ».

Dans le premier cas, la chose est parfaite, et elle possède donc une puissance et une réalité propre. Ça n’est que dans le second cas que l’on peut concevoir des imperfections : une chose peut être moins parfaite qu’une autre, ou moins parfaite qu’elle-même à un autre moment de son existence.

Cette comparaison, bien que toute relative, peut devenir source de nombreuses tristesses et angoisses. Mais il est aussi possible de l’utiliser positivement pour chercher à se dépasser et se « perfectionner » constamment, tout en étant pourtant au meilleur de ses capacités.

Qui ?

Pour tous les pessimistes qui s’entêtent à voir le verre à moitié vide.

Mais aussi pour les perfectionnistes ou les obsessionnels de l’amélioration continue, que la réalité frustre et déçoit sans arrêt.

Comment ?

En permettant à chacun de viser des objectifs « réalisables ». Il convient de penser chaque chose et chaque personne à partir des forces réelles qu’elles ont avant de les comparer ou de les mettre en rapport avec ce qu’elles ne sont pas.

Nous sommes souvent bloqués par nos carcans et nos propres perspectives sur la réalité : identifier la perfection et la réalité, ça n’est ni réduire le parfait, ni idéaliser le réel. Au contraire, il faut sortir l’idée de perfection du domaine du fantasme pour l’inscrire dans la réalité et la rendre « accessible ».

Ce qui donne…

Cessons de fantasmer la réalité et de croire que la perfection ne se trouve qu’au royaume d’Utopie : elle est présente à chaque instant, dans chacune de nos forces à l’œuvre.

 

Une citation décryptée par Nicolas Bouteloup Toutes ses publications

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